Assurer la sécurité des enfants pendant la pandémie de la COVID-19

Ce document d’information aborde d’importantes considérations et stratégies pour assurer la sécurité d’enfants susceptibles d’être plus exposés à différentes formes de maltraitance pendant la pandémie de COVID-19.

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Les effets de la COVID-19 et les mesures pour la contrer ont modifié le quotidien des enfants et de leur famille au Canada. Pour de nombreux enfants, ces changements se sont traduits par une hausse de la qualité du temps passé avec leurs parents et leur fratrie. Toutefois, d’autres se sont trouvés plus directement exposés à la violence conjugale (VC), aux mauvais traitements, à la violence entre frères et sœurs et à d’autres épreuves concomitantes (p. ex., exacerbation des problèmes de santé mentale et de consommation de substances chez leurs parents). Cette élévation du risque est attribuable à un certain nombre de facteurs, relevés ci-dessous.

  • La fermeture des écoles, garderies, aires de jeux, et centres culturels, religieux et récréatifs, qui a limité le rôle d’adultes essentiels capables de soutenir les enfants.
  • Les services gouvernementaux et communautaires fermés ou fonctionnant à capacité réduite, limitant où et comment obtenir de l’aide (p. ex., programmes familiaux, suivi psychologique).
  • Les facteurs financiers, comme la perte d’un ou de plusieurs emplois au sein du foyer.
  • La maladie et la séparation de membres de la famille, qui peuvent augmenter l’exposition à des agresseurs. Ainsi, un enfant peut se retrouver seul avec une personne qui le maltraite au sein de sa famille lorsqu’un de ses parents est hospitalisé.
  • Les risques associés au temps passé en ligne (p. ex., exploitation sexuelle de mineurs).
  • Les membres de la famille, qui peuvent hésiter à signaler des problèmes de sécurité éventuels entourant l’enfant, de crainte de l’exposer à la COVID-19 s’il doit être retiré de la famille.
  • Des individus (p. ex., amis, famille, voisins) ont moins d’occasions d’observer et de signaler des problèmes de sécurité.
  • Des parents qui, exerçant un emploi essentiel, peuvent devoir s’absenter plus souvent ou s’isoler quand ils rentrent chez eux, ce qui signifie que les frères et sœurs peuvent se retrouver seuls ou sans supervision plus souvent.
  • Les frères et sœurs plus âgés, qui peuvent se sentir submergés s’ils doivent assumer des responsabilités supplémentaires quand les deux parents exercent un emploi essentiel.
  • Le stress supplémentaire des parents, qui s’efforcent d’assumer de multiples fonctions sans ou avec peu de répit (p. ex. travail à la maison, responsabilités parentales, devoirs scolaires, inquiétude vis-à-vis de parents plus âgés ou immunodéprimés). Ce stress peut se faire sentir tout particulièrement dans les familles en proie à la pauvreté et la marginalisation.

Les personnes qui ont la charge ou qui travaillent avec des enfants devaient continuer à appliquer les mesures de sécurité de base. Toutefois, des stratégies supplémentaires peuvent contribuer à assurer la santé physique et mentale des enfants pendant la pandémie. En voici quelques-unes. 

1. Expliquer aux enfants en quoi consiste la COVID-19 d’une façon accessible et adaptée à leur âge.

Il peut être difficile pour les enfants de comprendre pourquoi leur routine est différente et quand les choses pourront revenir à la « normale ». Tout comme les adultes, les enfants risquent d’être bombardés d’informations provenant des médias sociaux, de la télévision et d’Internet, ce qui peut accroître leurs peurs et leur anxiété. Dans certains cas, on peut les mésinformer à dessein sur la COVID-19 de façon à contrôler leur comportement, les effrayer ou les inciter à ne pas chercher d’aide. Par exemple, on peut leur dire que s’ils parlent de maltraitance à la maison, ils seront placés dans un foyer de protection de l’enfance où ils pourraient attraper le virus et tomber malades. Dans certaines communautés, les enfants (et leur famille) peuvent déjà craindre les services de protection de l’enfance, et garder le silence pour éviter d’être placés.

Fournir des renseignements concrets aux enfants sur la COVID-19 peut les aider à comprendre ce qui se passe et comment se protéger pour éviter de tomber malade. Pour plus de renseignements, veuillez vous référer au document « Comment parler aux enfants de la COVID-19 »

2. Évaluer les risques et établir ou modifier un plan de sécurité au besoin.

Les conditions de vie et de travail de nombreuses familles peuvent être affectées par la pandémie. Par exemple, la perte d’un emploi peut conduire à la consommation de substances. Ces changements peuvent à leur tour augmenter le risque de violence aggravée au sein du foyer. Dans d’autres cas, des formes de maltraitance concomitantes ou nouvelles peuvent survenir au sein du foyer (p. ex., maltraitance entre frères et sœurs ou de la part des parents), ce qui n’était pas le cas auparavant. Par ailleurs, les enfants dont la garde est partagée de façon formelle ou non par leurs parents peuvent ne pas avoir été rendus à leur domicile principal, la COVID-19 servant de prétexte pour garder l’enfant. Il est nécessaire d’assurer une évaluation de risque et de planifier la sécurité très régulièrement pour tenir compte des changements éventuels survenus au sein comme à l’extérieur du foyer. Ceci peut demander l’implication d’organismes communautaires et de représentants religieux pour communiquer virtuellement avec les familles à risque. Pour en savoir plus sur l’évaluation de risque, veuillez consulter l’Initiative canadienne sur la prévention des homicides familiaux.

Il peut être nécessaire d’établir ou de modifier des plans de sécurité en réponse aux défis posés par la pandémie. Ainsi, il peut ne plus être possible de recourir à des personnes (p. ex., amis, entraîneurs, enseignants, aînés) comme aidants ou personnes-ressources comme on le faisait auparavant, compte tenu de la distanciation sociale/physique. Il est important de revoir les plans de sécurité, dès l’annonce de nouvelles mesures en matière de sécurité et de santé publique.

3. Collaborer avec les familles pour répondre à leurs besoins.

Nous vivons des circonstances particulières et les parents doivent souvent assumer plusieurs fonctions simultanément, notamment en tant que parents, enseignants et amis auprès de leurs enfants. Ces changements vont probablement affecter de façon disproportionnée les femmes qui se chargent en majorité de l’éducation et des tâches ménagères. Les membres de la famille peuvent également être considérés comme des travailleurs essentiels et continuer à exercer à l’extérieur dans des conditions très différentes. Ceux qui travaillent de la maison, en revanche, peuvent faire face à d’autres défis. Dans certaines situations, les deux parents peuvent être à la maison, mais aux prises avec des facteurs de stress occasionnés par la pandémie; cela peut accroître le risque de maltraiter leurs enfants ou de ne pas déceler les signes indicateurs de maltraitance entre frères et sœurs ou entre différents membres de la famille. Ce type de facteurs peuvent être exacerbés dans les familles qui font déjà face à des problèmes de pauvreté, de logement, d’isolement social ou d’emploi, ou dont le statut migratoire est précaire.

Il existe plusieurs moyens de travailler avec les familles pour mettre en place des stratégies qui assureront leur bien-être, en fonction de leurs conditions de vie et d’emploi. En voici quelques-uns : trouver des endroits sûrs à la maison, répartir équitablement les tâches ménagères et limiter la consommation d’actualités (tout en se tenant informés des principales nouvelles). 


4. Soutenir le bien-être et la santé mentale des enfants.

De nombreux enfants supportent difficilement l’interruption soudaine de leur routine qu’impose la pandémie et peuvent s’inquiéter de leur sécurité et de celle de leurs proches. Les enfants en proie à des traumatismes présents ou passés, ainsi que ceux qui ont des problèmes mentaux ou physiques préalables et des problèmes développementaux peuvent se sentir particulièrement affectés par ce stress.

Les lettres, vidéoconférences et appels téléphoniques, qui assurent le lien social, peuvent permettre aux enfants de rester en contact avec leurs pairs ou avec les adultes importants dans leur vie. Les enfants doivent parfois être rassurés quant à leur sécurité et celle de leurs proches, et les adultes présents devraient préserver leurs habitudes autant que possible pour leur offrir un sentiment de sécurité et de prévisibilité. Les enfants devaient également être aidés pour mieux réguler leurs émotions – par exemple, en tenant compte de leurs sentiments et en les encourageant à participer à des activités comme les techniques de respiration et d’ancrage ou une cérémonie de purification – pour les aider à régulier leurs émotions et leur comportement.

Ressources : Liste de ressources dans le domaine de l’éducation, de la santé mentale et des loisirs, pour aider les enfants, les jeunes et les aidants pendant la COVID-19. Liste compilée par l’ OAITH.

Le carrefour aux ressources en santé mentale des jeunes de la COVID-19

Lise de ressources sur la COVID-19 préparée par la LGBT YouthLine (en anglais)


5. Communiquer régulièrement avec les enfants ou leur famille.

De nombreux organismes communautaires offrent désormais leurs programmes et aides en ligne pour continuer à aider les enfants et leur famille. S’il est impossible de rester en contact avec eux de la même façon, essayez de garder un lien avec un enfant vulnérable à la maison pour augmenter les chances de déceler des signes de maltraitance. Comme de nombreux parents et frères et sœurs passent plus de chez eux que d’habitude, les risques d’agression d’enfant sont accrus et il peut être nécessaire de vérifier plus souvent qu’ils vont bien. Ne partez pas du principe que tout va bien si la communication avec un enfant ou un parent est moins fréquente.

Un enfant peut avoir besoin de temps pour se sentir à l’aise de communiquer avec vous sous cette nouvelle forme. Essayez de faire par vidéoconférence les mêmes activités que celles auxquelles vous vous adonniez en personne avant, par exemple pour lire une histoire ensemble ou faire du coloriage. Certains enfants agiront comme si tout allait bien si vous les appelez quand leurs parents sont présents. Posez des questions simples qui vous donnent un aperçu de ce à quoi ressemble leur quotidien, sans trop sonder en profondeur.


6. Expliquer aux enfants en quoi consistent la sécurité en ligne et le risque d’exploitation sexuelle.

Les enfants sont susceptibles de passer plus de temps en ligne que d’habitude en raison de la pandémie, et sont donc plus exposés à l’exploitation sexuelle en ligne. Ce risque peut s’accroître chez ceux qui ont déjà subi de mauvais traitements. Les enfants peuvent être amenés à produire et transmettre des photos ou vidéos sexuellement explicites d’eux-mêmes. Les prédateurs peuvent prétendre appartenir au même groupe d’âge que leurs jeunes interlocuteurs sur les différentes plateformes (p. ex. Instagram, Snapchat, Tik Tok) ou se présenter comme un adulte de confiance et forger des liens avec eux dans l’espoir de les rencontrer en personne par la suite. Expliquez aux enfants les dangers potentiels de l’activité sur Internet pour améliorer leur sécurité. Cybertip.ca offre des ressources sur la sécurité Internet adaptées aux différents groupes d’âge.

Compte tenu des exigences en matière de distanciation sociale/physique, nous devons nous appuyer davantage sur la technologie et rester en lien avec les enfants pour nous enquérir de leurs inquiétudes et de leur résilience. La sécurité des enfants requiert que nous reconnaissions, que nous évaluions correctement et que nous relevions toute menace liée à la VC et à des difficultés concomitantes à leur encontre et à l’encontre de leur famille. Les experts dans les refuges de femmes et au sein des services aux enfants sont disponibles même pendant une pandémie pour assurer la sécurité des mères et des enfants!

C’est lorsque nos efforts sont axés et s’appuient sur les réalités croisées qui façonnent leurs expériences – comme l’âge, la race, la situation sociale, le statut migratoire et la capacité – que nous aidons le mieux les enfants et leur famille. Les approches tenant compte des traumatismes et de la violence (ressource en anglais), si elles peuvent être utilisées différemment pendant la pandémie actuelle, restent essentielles pour assurer la santé et le bien-être des enfants et de leur famille.

Cette ressource a été produite par le Learning Network au Centre for Research & Education on Violence Against Women & Children, en collaboration avec les organismes suivants : BC Society of Transition Houses, Alberta Council of Women’s Shelters, Manitoba Association of Women’s Shelters, Ontario Association of Interval & Transition Houses, PEI Family Violence Prevention Services, Provincial Association of Transition Houses and Services of Saskatchewan, et Hébergement Femmes Canada.